La mésaventure de la souris Rose


La mésaventure de la souris Rose

La souris Rose m’a récemment confié un de ses secrets. Lors d’une nuit sans lune, elle s’est perdue sur un des mondes parallèles de Convoitise qui se nomme Urbill. Ce monde est peu peuplé, mais regorge de richesses insoupçonnées. Cependant, on le dit fort dangereux, parce qu’il attire toutes sortes de créatures. Il est d’ailleurs déconseillé de s’y rendre sans un bon guide. Mais n’écoutant que son aventureux ami Ramoli, la souris Rose s’y est risquée.
Très enthousiaste à l’idée d’une nouvelle expédition, elle s’est préparée et s’est équipée des pieds à la tête. Puis elle s’est rendue à l’endroit que Ramoli lui avait indiqué, un couloir dans l’une des caves de Convoitise, qui menait à une porte en bois clouté. Elle espérait bientôt découvrir les merveilles que lui faisait miroiter le rat depuis plusieurs semaines.
Elle piétinait d’impatience et le rat n’était toujours pas là. Il arriva enfin et lui ouvrit la porte
qui grinça et s’ouvrit sur une pièce sombre et froide, la souris frissonna.
Ils débouchèrent dans la cave d’une taverne, dont les effluves douteuses flottaient tout autour d’eux. Rose eut un mouvement de recul, mais la porte s’était déjà refermée derrière eux. Ramoli prit son amie par le bras et lui fit franchir les escaliers branlants qui les séparaient d’une vaste salle enfumée. Ils se retrouvèrent dans la pièce principale où des tables longues, habitées par des siècles d’usage incessant, étaient occupées par des êtres bruyants à l’allure peu recommandable.
Le rat s’était assis à un bout d’une très longue table, où les bancs en bois brut n’invitaient pas vraiment à s’asseoir. Timidement, elle le rejoignit et posa délicatement son postérieur sur la surface dure. Elle jeta un regard apeuré autour d’elle et soupira discrètement.

Un mastodonte vint immédiatement les apostropher et la souris se recroquevilla.
   – « C’est vous qui cherchez un guide ? »
– « Bien entendu. Vous êtes Molosse ? »
En guise de réponse, le mercenaire dénuda ses chicots puants, qu’ils préférèrent prendre pour un aimable sourire.
– « Il fait soif ici, vous trouvez pas ? » demanda Molosse.
Ramoli fit appel à une serveuse et obtint très vite une chope de bière pour son nouvel ami.
Rafraîchi, le guerrier proposa de partir immédiatement.
Molosse leur recommanda de ne jamais s’éloigner du chemin, lorsqu’ils seraient dans la forêt.La souris Rose suivait ses deux acolytes comme elle pouvait et espérait que bientôt ils feraient une halte. Voilà plus de trois heures qu’ils étaient partis et elle n’en pouvait plus. Molosse rigola de la voir souffler sous le poids du sac à dos qui lui mordait les muscles, mais elle n’allait certainement pas renoncer à son sac de terres magiques. Elle aurait tant aimé trouver un tapis volant, ne serait-ce que pour porter son paquetage. Molosse les guida à travers une forêt dense où chaque craquement sinistre la faisait sursauter.Bravement, elle n’émit pas la moindre plainte, mais elle se demandait où les emmenait l’affreux guerrier. Une clairière donnant sur un petit ruisseau lui parut merveilleuse et elle l’admira un long moment, tout en reprenant son souffle.
La voix grasse de Molosse la tira de sa rêverie.
– « J’restrais pas là si j’étais vous ! C’tendroit est pas fait pour les jolies minettes comme vous. »
– « Mais pourquoi ? »
– « Ben, vous voyez ces mignonnes p’tites fleurs rouges, elle vous endorment pour toujours, alors restez pas là. »
– « Ben dis donc, c’est dangereux par ici, » ajouta Ramoli.
– « Ces clairières sont réputées dans l’coin, ceux qui s’y arrêtent n’en reviennent jamais. »
–  » Où va-t-on dormir alors ? »
– « Pas ici en tous cas. Allons, venez ! »
Ils reprirent le chemin dans les méandres de la forêt touffue, les arbres leurs semblaient de plus en plus antipathiques. Et la nuit commençait à tomber, ils n’y voyaient pas grand chose. Molosse les mena jusqu’à un cabanon délabré, il frappa trois coups à la porte qui s’ouvrit dans un couinement de mauvais augure.
Une table se tenait lamentablement au milieu de la pièce unique, cinq chaises en piteux état l’encadraient et au fond, une étagère très rudimentaire faisait office de range tout.
– « Il nous faudrait trois chambres, » dit Molosse.
Trois portes apparurent alors sur le mur du fond. Enthousiasmée par ce prodige, la souris Rose ajouta :
– « Et une salle de bain. »
Une quatrième porte se dessina sur le mur ouest. Molosse ne releva pas et sortit des paquets de son sac de voyage. Le rat s’approcha d’une des chambres et scruta le mur attentivement, puis il ouvrit l’une des portes et admira l’intérieur. Sobre, la chambre était dotée d’un lit et d’une table de nuit surmontée d’un candélabre dont les bougies étaient allumées.
Ils dinèrent simplement et dormirent tranquillement.
Le lendemain, le rat demanda à Molosse comment il avait trouvé cet endroit magique.
– « Les Mages de Convoitise ont doté cette dangereuse forêt de gîtes sécurisés, qui sont les seuls lieux où l’on peut se reposer en toute quiétude. »
– « J’aurais dû m’en douter, » murmura Ramoli.
Molosse regarda la souris Rose essayer d’enfiler son sac à dos et dans un soupir s’en empara et le hissa sur ses propres épaules. L’air contrit, elle le remercia d’un sourire.
La journée se déroula sans heurts et ils marchèrent jusqu’au gîte suivant sans encombre. Disposés à intervalles réguliers, ils offraient aux voyageurs l’assurance de nuits paisibles durant leur traversée de la forêt.

Il leur fallut cinq jours pour parvenir de l’autre côté de l’immensité luxuriante. Un dernier gîte leur offrit l’hospitalité, avant les plaines désolées qu’ils devraient affronter le lendemain.
La souris Rose qui en avait assez de marcher, demanda en plus du reste un tapis volant. A la surprise générale, un immense tapis rouge vif emplit la minuscule pièce, les forçant à sortir de la salle. Ravie, Rose ouvrit la porte et entreprit d’extraire le tapis qui, trop grand, se débattait pour sortir du gîte. Ils parvinrent à le rouler avant de l’attacher à un arbre tout proche. Le voyage serait beaucoup plus confortable sur le tapis.

 Trois jours plus tard, ils savaient diriger le tapis et se rendaient à vive allure plein sud, jusqu’aux montagnes dorées. On racontait que dans ces montagnes, des pierres magiques auraient été abandonnées par des sorciers, lors d’un exode mouvementé il y a fort longtemps.

La morne plaine leur rabotait le moral par sa mélancolie rébarbative, heureusement qu’ils la traversaient sur un tapis volant, sinon, ils seraient certainement morts d’ennui depuis longtemps. Ils apercevaient enfin la crête des montagnes, qu’ils n’atteignirent pourtant que deux jours plus tard.
Les pics semblaient inaccessibles vu du bas, mais sans aucun effort, ils se propulsèrent au
sommet du premier col. Le froid qui y régnait les surprit et ils firent une bonne flambée dans la première grotte à leur portée. Profonde, elle leur permit de se protéger du vent glacial qui venait de se lever.
Au dîner, Molosse leur raconta qu’il y a plusieurs siècles, une guerre de sorciers avait fait trembler ces montagnes, que leurs pierres de pouvoir étaient si puissantes qu’ils faillirent raser les montagnes et que la grotte dans laquelle ils s’étaient abrités était sans doute le résultat d’un combat entre deux sorciers. Tant de sorciers moururent en ces lieux que la région fut inondée de pierres de pouvoir. Ce fut très certainement ce qui attira les trolls qui adorent ronger ces pierres pour se nettoyer les dents, jusqu’à l’usure de leur pouvoir. De fait il est devenu extrêmement difficile de trouver des pierres encore actives, pourtant les aventuriers de tous poils bravaient ces lugubres contrées.
Molosse prit tous les tours de garde et passa la nuit à mâchonner les os de l’ours qu’il avait chassé pendant que le rat et la souris préparaient le feu à leur campement improvisé.
Blottis l’un contre l’autre, le rat et la souris ne fermèrent pas l’œil de la nuit tant l’histoire de Molosse les avait impressionnés.
Les yeux cernés, la souris Rose chercha un ruisseau pour se refaire une beauté. Elle trouva un trou d’eau propre et y plongea son mouchoir. Elle entendit un bruit derrière elle et pensa que Molosse aurait tout de même pu la laisser se laver tranquillement. Dans l’intention de protester, elle se retourna et se trouva face à une énorme bête poilue d’au moins trois mètres de haut. De la bave coulait de sa gueule qui mastiquait bruyamment. Les yeux enfoncés de l’imposante créature la regardaient avec curiosité. La souris n’osait pas bouger, elle attendait que le monstre se lasse et finisse par la confondre avec le paysage. Mais la créature se mit à humer l’air et se dirigea vers son sac de terre africaine. Elle semblait avoir la capacité à détecter la magie. Rose se dit alors que cette information allait s’avérer très utile. Tout doucement, la souris ramassa son sac et recula jusqu’à la grotte où le rat et Molosse finissaient leur petit déjeuner. Puis, elle posa un petit tas de terre à l’entrée de l’antre et rejoignit ses amis abasourdis. Elle entonna une incantation et le tas de terre rosit immédiatement. La créature tira une monstrueuse langue et lécha la terre.
– « C’est une femelle, » chuchota Molosse à ses voisins. « Bien joué ! »
– « Elle sent la magie avec son espèce de groin, » leur apprit Rose.
– « Ouaip, mais ces bestioles ne lâchent pas prise facilement et il est difficile de leur reprendre une pierre quand elles en trouvent une. »
La créature suivit la souris lorsqu’elle se rendit en haut de la montagne pour essayer de trouver des pierres. Ils avaient eu la chance de tomber sur le territoire d’une femelle troll. Elles étaient végétariennes et nos amis n’avaient donc rien à craindre, en revanche, elles possédaient un sale caractère et il leur faudrait la manœuvrer avec délicatesse.
Ils mirent deux bonnes journées pour trouver leur filon de pierres magiques,
en échange ils laissèrent le sac de terre de la souris Rose. Ils rentrèrent ensuite directement à bon port grâce au tapis magique. Le rat détenait des pierres magiques pour le magasin du lézard du Midi et la souris Rose avait obtenu le tapis volant. Ils quittèrent Molosse sans vraiment de regrets et rentrèrent à Midland satisfaits.

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6 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Valentyne
    Oct 31, 2012 @ 06:13:24

    Ouf tout fini bien 😉 on n’aura pas besoin d’engager James bond pour la tirer d’un mauvais pas 😉

    Réponse

  2. gibee
    Oct 31, 2012 @ 15:27:48

    coucou Cériat
    Tu ne fais pas de cauchemars la nuits avec toutes ces bêtes poilus mdr
    Bisous

    Réponse

  3. covixlyon
    Nov 01, 2012 @ 19:12:33

    On voit que l’on était la veille d’halloween… elle en voit de toutes les couleurs la petite souris.
    bonne soirée
    @mitié

    Réponse

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